1km2 / Les pâturages

Tor di Quinto est un quartier tout proche du centre-ville de Rome qui se trouve juste de l’autre côté du Tibre.

Ce bout de ville s’est fait tout seul, sans volonté politique, sans plan d’urbanisme et sans action promotrice. Il est bordé d’une frontière naturelle (le Tibre), et d’axes de communication : une voie de chemin de fer et la Via Flamina. En ce sens, cet espace est clos et constitue un micro-territoire.

De par sa nature spontanée, les usages faits de ce territoire sont multiples et anarchiques, mais un berger et son troupeau lient toutes les personnes qui fréquentent, travaillent ou habitent dans ce quartier.

Gregorio, 64 ans, est berger sur ces pâturages depuis 40 ans avec quelques dizaines de moutons. Ce n’est plus suffisant pour vivre. Au fil des ans, il s’est appauvri, sa caravane a vieilli et l’amoncellement de bouteilles vides s’est élevé. 

Tor di Quinto est aussi un terrain de loisirs. Des centres sportifs privés y abritent un golf, des terrains de foot et de tennis à disposition des familles romaines aisées.

Une vieille zone artisanale promise à la destruction est perchée sur une colline artificielle. Elle héberge des carrossiers et des artisans du fer. Pas loin de là s’étend une fraction de l’aéroport de Roma-Urbe.

Plusieurs cabanes, foyer de familles de travailleurs immigrés roumains ou de vieilles familles siciliennes arrivées dans les années 50, ponctuent le territoire en différents points.

Sur la piste cyclable traversant la zone, joggers et cyclistes traversent les pâturages tel un train à vapeur en territoire indien.

Dans cette aire urbaine, j’ai découpé un fragment d’un kilomètre carré que j’ai arpenté à plusieurs moments de l’année. Cette aire correspond à l'aire de pâturage du troupeau de Gregorio.

En utilisant les axes de communication disparates qui traversent ce territoire – routes, chemins et une piste cyclable – j’ai cherché les points de contact entre les communautés usagères du territoire. En suivant le troupeau de Gregorio nous partageons leur quotidien et découvrons ce qui les unit et ce qui les sépare, la proximité physique et la distance socioculturelle.

 

Ce travail est soutenu par le Fonds d’aide à la photographie documentaire du CNAP.